I ) Aperçu du romantisme

II ) bibliographie d'ouvrages romantiques

III ) un historique du gothisme

IV ) Des groupes romantiques ?

V ) artistes non-gothiques

  retour table des matières

 

I ) Bref aperçu du romantisme

I b) origines du romantisme (lien)

 

Romantisme. Mot apparu au XVIIème siècle, caractérisant en Angleterre le genre littéraire du roman qui parle à l'imagination et aux sensations. Le terme dérive de l'ancien français romanz, romant, langue issu du latin vulgaire au Moyen-Age. Il désigne alors l'oeuvre écrite en langue vulgaire ( Le Roman de Renart ). Au XVIIIème, il a le sens de romanesque, romance du Moyen-Age. Le sens actuel apparait fin XVIIIème, parfois sous le terme anglicisant "romanticisme", opposé au classicisme.

 

Le poëte romantique - car. Le pré-romantisme nait dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Rousseau et Chénier en France; Goethe ( Les Souffrances du jeune Werther ), le mouvement du Sturm und drang, la redécouverte des contes populaires (les märchen) en Allemagne; Ossian et l'ossianisme, les romans noirs ou gothiques en Grande Bretagne, ont en commun de prôner la suprématie du moi, de l'imaginaire, du rêve, du sentiment, sur la raison. Car le romantisme est avant tout une réaction. Réaction à la raison cartésienne des Lumières, au classicisme bien-pensant, à la beauté établie.

Le premier romantisme clame le culte du moi et de l'individu, l'exaltation de la nature et de l'émotion, mais aussi l'incertitude, l'inquiétude face à la vie terne et moderne, au temps qui passe. Cette angoisse, ce "Mal du siècle", cherche un échappatoire dans l'imaginaire exalté, le "vague des passions", la fuite hors du monde, voire le suicide. C'est le temps des effusions lyriques de Lamartine, Chateaubriand, Vigny, Shelley, Hölderlin, Novalis, etc...

Ce romantisme des années 1820, solitaire, mélancolique et rêveur, va davantage se muer en romantisme exalté et revendicateur après les révolutions de 1830 et celle d'Hernani. Toute une génération de jeunes chevelus, Bousingos, Frénétiques, Jeunes-France, prend le romantisme comme idéal de vie. De jeunes auteurs passionnés colorent le premier romantisme grisâtre d'une teinte de feu, mélangent humour, horreur, revendications politiques et imaginaire débridé. Ce sont ces "petits romantiques", sombres héros du romantisme noir - dont au premier chef Pétrus Borel, Nerval et Gautier (deux "petits" devenus grands) qui montreront la voie à un troisième romantisme finissant (si on peut l'appeler encore ainsi), celui de Baudelaire, Lautréamont, celui du Parnasse, du préraphaélisme et du symbolisme naissant.

Lorsque deux auteurs, Rimbaud et Lautréamont, peut-être affolés des contrées qu'ils ont atteint, se détournent et abandonnent, tout est fini. Ou presque...

 

Galerie préraphaélisme

Le romantisme noir

Origines du romantisme

___________________

Lautréamont - Les Chants de Maldoror

R. Magritte - ill. pour les Chants de Maldoror (1948)

Héritier direct du romantisme noir, le comte de Lautréamont signe-t-il la fin du romantisme ? Et comment définir son oeuvre, inspiration géniale en avance de cinquante ans ou blague de potache ? Romantique, il l'est assurément. Lui-même l'avoue (lettre du 23 octobre 1869).

Il annonce avec son oeuvre malhabile la fin d'un romantisme tout en annonçant le surréalisme. Ténébrissime, violent, haineux même, remplit de l'humour second degré des frénétiques, nihiliste, cauchemardesque, ce monument du surréalisme noir est bien sur une des références adoptés par certains groupes "gothiques", surtout métal-indus, dark-wave ou indus expérimentaux (mon Dieu, je me souviens de l'achat d'un double CD, il y a bien dix ans, intitulé les Chants de Maldoror, et dont le bruitisme technoïsant me fit horreur. On ne se refait pas...).

II )

Une bibliographie d'ouvrages romantiques susceptibles de plaire à l'amateur de musique sombre ? Chacun pourrait proposer la sienne...

  • Les Souffrances du jeune Werther ( Goethe ) et René ( Chateaubriand ). Deux héros terrassés par la mélancolie. Je peux témoigner que le syndrôme d'identification de la génération née vers 1800 opère toujours...

  • Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. Un peu difficile d'accés, ils demeurent pour moi un des monuments de la littérature gothique.

  • Dans celle-ci, une place doit être faite aux romans noirs anglais, ne serait-ce que pour leur ambiance.

  • Dans les romans de Victor Hugo, l'Homme qui rit est celui qui m'a laissé le plus de souvenirs d'obscurité sourde et de plaines embrumées.

  • Les vampiristes connaîtront sans doute dejà Lord Ruthven, Lénore, Carmilla, Varney, Clarimonde, autant de personnages qui valent bien celui de Stoker.

  • Les celtisants pourraient bien être deçus de l'Ossian de Mc Pherson, si célèbre à l'époque. Il faut supporter son style homérico-emphatique... Les écrivains écossais (W. Scott) on fait quelques trucs sympas.

  • Enfin, citons les contes et nouvelles de nombreux auteurs (Poe évidemment, Hoffmann, Gautier, etc...)

En poésie, c'est encore plus une affaire de goût.

  • Pour le premier romantisme (jusqu'en 1830), il faut souvent faire abstraction de l'intimisme-grandiloquent et des larmes soutirées à l'extrême. Mais le summum de la beauté s'y rencontre. Les poésies anglaises (Shelley, Keats, Coleridge, Beddoes, Wordsworth...) et allemandes (Hölderlin, Novalis, Schiller, Heine, Goethe, Brentano...) pourraient être bien plus touchantes si elles ne souffraient autant de la traduction.

  • Les vers des "petits romantiques" sont malheureusement moins bons techniquement. Mais leur atmosphère est la même que nous aimons.

  • On ne citera pas les Fleurs du mal.

Dans la mesure du possible, je mettrai régulièrement des poèmes dans la rubrique textes d'auteurs, en sachant pertinemment que personne ne les lira...

 

 

III ) Historique succinct du mouvement goth.

Une chanson dort en toutes les choses
Qui poursuivent là un rêve sans fin,
Et tout l'univers au chant se dispose
Si d'un mot magique on l'éveille enfin.

Joseph von Eichendorff

 

Comme tout bon (et moins bon) site gothique tient à présenter son historique du goth, je sacrifie à la tradition, en essayant de dire moins, ou surtout d'autres bêtises...

Gothique. Mot apparu au XVème siècle (gothicus, qui concerne les Goths). Au XVIIème, il désigne péjorativement l'art du Moyen-Age dans sa noirceur barbare. Il devient noble au XIXème siècle en désignant l'art apparu en France au XIIIème et détronant l'art roman, plus austère. Il garde une nuance semi péjorative lorsqu'il nomme les romans noirs anglais de la fin du XVIIIème siècle. Traitant de châteaux dans la nuit, de chevaliers revenants, de cimetières en ruines et autres paysages lugubres, ils évoquent les "Dark-ages", un Moyen-Age obscur et ténébreux.

Vers le milieu des années 1980, le mot désigne un courant musical, puis une culture, dont les fondements s'ancrent à la fin des années 70. En Angleterre, les cendres (très) refroidies du punk rock donnent naissance en 78-79 à la New-wave. Une de ses branches est la cold wave : mélodique et rythmée comme la new-wave, elle conserve du punk l'état d'esprit désabusé, des pièces musicales courtes, le refus des valeurs morales établies. Ses thèmes principaux sont le mal-être dans la société moderne, la non communication, la sombre errance parmi les hommes ou dans sa propre vie, etc... v. Joy Division (MIDI : she's lost control ), The Cure ( MIDI : Secrets , The Drowning man , Figurehead , Cold) ...

Visage A coté de ces tristes personnages en manteaux noirs ou gris, insensibles à toute mode, apparaissent les new romantics, moins pessimistes. Musique pop basée sur les synthétiseurs, sens de l'esthétique passant avant toutes choses (abus de maquillage, tenues et coupes de cheveux improbables). v. Visage, Spandau Ballet, Human league, Adam & the Ant, Freur... Il ne reste que peu de choses de leurs apports musicaux et philosophiques (déjà assez ternes), mise à part le Fade to grey de Visage qui "égaye" encore les soirées goths. A leur suite vinrent en particulier Ultravox (Ure et Currie de Visage. Inspirateurs des premiers Depeche Mode ou Clan of Xymox. Un assez bon album de pop brumeuse, Lament. MIDI : Vienna - Lament), Cocteau Twins (tenants d'une new-wave ethérée et sombre, portée par le label 4AD) et Japan ( et aussi Duran Duran, Culture Club...).
Un esprit similaire se retrouve de nos jours dans le Virtual key japonais, mélange de multiples influences musicales, et très influencé goth / néo-romantisme pour l'esthétisme dark-androgyne ultra-poussée (et assez agréable, au contraire de la musique) v. Moi dix mois, cf. clip de Malice Mizer sur
Sanctuary.
 
Parallèlement à la cold wave britannique et française ( Marquis de Sade, Marc Seberg, Orchestre rouge, Baroque bordello...), des groupes post-punks apparaissent aux Etats-Unis au début des années 80, noirs, nihilistes, revendiquant comme les new romantics le glam rock des années 70, David Bowie en tête, version dark...
v. Spécimen, The Cramps, Christian Death , chantres du Death rock...

(
MIDI : Stairs uncertain journey )

Rozz Williams

  En Grande Bretagne, la cold wave se radicalise dans la batcave, sombre, intellectuelle et déjantée. v. Bauhaus, Alien Sex Fiend, Virgin Prunes, Siouxsie & the Banshees...

Dans la seconde moitié des années 80 et au début 90, alors que de nombreux groupes ont vendu leur âme à la pop (New Order, Clan of Xymox, The Cure, malgré le merveilleux Disintegration) ou se sont séparés (Bauhaus, Sisters of Mercy (MIDI : Lucretia ..), Christian Death d'avec Williams), une deuxième génération gothique apparait ( avec l'appellation définitivement établie). Elle se charge d'en définir à postériori les artefacts par une musique et une apparence strictement "gothique" (Méphisto Walz, Faith & the Muse ( MIDI : Heal ), Corpus Delicti, London after midnight, etc...) ou en illustrant ses frontières d'avec la pop (The Mission), la world music (Dead can dance), l'electronique ( la dark-wave MIDI : Skinny puppy, Descent2), la musique classique (Lacrimosa), la folk music ( Death in June, Current 93, Sol invictus), voire le rock progressif (Fields of the Nephilim MIDI : preacher man) et le jazz (Gitane Demone)...

Au cours des années 90, une troisième génération explore souvent d'autres courants musicaux, délayant parfois abusivement la pensée originelle. Ainsi appartiennent au spectre gothique le black-métal (le "sérieux" gothique au service du death métal), le métal-indus (métal sombre traité synthétiquement), la dark-électro (new-wave élaborée au goût du jour). Mais certains groupes explorent encore les bas-fonds du gothisme (Sopor Aeternus) et font même revivre la batcave (Cinéma Strange).  

 

La musique gothique n'a cessé de s'élargir, sans réellement s'ouvrir, tout en s'explorant elle-même. Elle est un des mouvements les plus vivants, les plus intellectuellement actifs, et bientôt un des plus vieux de l'histoire du rock !

N.B. Ce texte a été écrit avant la parution des Carnets noirs. Plutôt que d'en faire un vulgaire résumé, je vous invite à consulter cet ouvrage de référence de l'histoire du gothisme (mais pas de la photographie !) .

 

IV ) Des groupes romantiques ?

Passons The Romantics, qui n'en ont guère que le nom (ridicule, d'ailleurs). A ma connaissance, deux groupes anglo-saxons s'inspirent ouvertement du romantisme.

And Also the Trees Shelleyan Orphan propose des arrangements néo-classiques portés par une voix féminine sautillante et des instruments acoustiques. Rien que dans leur nom, les références au romantisme anglais sont affichées. Plus sombre, And Also The Trees est plus proche de la scène gothique et cold-wave. Tout chez eux rappelle le début XIXème, habits, textes, musique mélancolique. Peut-être peut-on déplorer une voix trop "croonante" et un changement musical vers les 50' américains.
Point commun des deux formations ? Le groupe de pop sombre le plus célèbre. Le plus proche du romantisme aussi. Lol Tolhurst, batteur puis clavier de The Cure, fut le producteur des premiers AATT. Et Boris Williams s'est marié avec Caroline Crawley, chanteuse des Shelleyan Orphan, et il joue d'ailleurs dans le groupe rebaptisé Babacar. Des liens étroits pour un groupe qui donna au moins deux albums d'inspiration romantique : Faith en 1981 (dont le merveilleux The Drowning man, inspiré de la noyade de Shelley) et Disintegration en 1989. Shelleyan Orphan fit d'ailleurs la première partie du Prayer tour. Et AATT tourna avec The Cure en 1980, 1981 et 1984.

MIDI :The Same deep water as you, Lament, disintegration, This twilight garden , Sinking , Prayers for rain , Closedown , If only tonight... , The empty world , The Drowning man

Disintegration - 1989

Parmis d'autres groupes présentant une facette fortement romantique, l'on peut citer :

* The Cranes. On ne présente plus leur douce pop-song.
* Les gentils Faith and disease; leur "heavenly-folk" pas très originale mais sympathique (une sorte de Shelleyan Orphan en plus mélancolique) et leur artwork romantique.
* Et...parce qu'ils s'autoproclament "dark romantics", les Cauda pavonis. Look sur-romantique d'opérette et death-rock basique assisté par ordinateur. A mourir (de r...).
v. les
liens

On retrouve ça et là chez bien d'autres groupes des influences "romanticisantes". Davantage chez les groupes purements "gothiques", cold-wave, dark-wave, médieval, dark-folk ou heavenly voices (Dead Can Dance, Faith & the Muse, Méphisto Walz, Sopor Aeternus, Cocteau Twins, Lacrimosa, etc...) que chez les groupes métal, death-rock, indus...Tout naturellement, nombre de groupes ont "repris" des auteurs romantiques, Baudelaire en tête (Das Ich, DCD, The Cure, Diamanda Galas...) mais aussi parfois Poe, Shelley, Keats...( Méphisto Walz a repris récemment Ode to a nightingale).
   

 

 

V ) Artistes non gothiques (lien)

 

" Troupe de chats endêvés
Devant la foule ébahie
Traversant, rideaux levés
Le spectacle de la vie"

P. Borel

 

 

retour table des matières

 

photographies
Photographies

refléxions diverses
Réflections

textes d'auteurs
Textes XIXème

textes persos
Textes persos