Haïkus

 

* variations

 

Le chat s'est assis,
il a cessé de jouer
avec l'oiseau

-

Corbeaux en hiver,
merle en été - premiers
sons à mon réveil

-

La bulle de l'enfant
dans ses reflets délavés
contient le Monde

-

Dessinant le vent
le crayon était trop court,
ma feuille s'envola

-

Forêt de grands chênes
immobiles malgré le vent -
ligne de fourmis

-

Grosse mouche au plafond,
veux-tu bien rendre ma
sieste envolée ?

Nappe de pétrole
qui ressemble à un oiseau
avec un oeil rond

-

Un corbeau ce soir
d'une éclipse d'ailes signe
la mort du soleil

-

Lumière d'étoile,
des siècles nous séparent.
Je te vois, ce soir.

-

Dessin d'un nuage
sur la feuille ratures d'orages -
longue journée d'été

-

Héron sur la rive
- petit poisson voudrais-tu
apprendre à voler ?

-

 

 

   

 

* Vieux village, vieux souvenirs

 

Copains de batailles,
on se planquait dans les bois -
un Jour vint les filles

-

Petites voitures
épée de chevalier
course poursuite. Seul.

Feuilles d'eucalyptus
fument avec la marmite -
douce soirée d'hiver

-

 

 

 

 

* Nice en Provence

 

Au marché s'étalent
les palettes de senteurs vives
et les poissons morts

-

Feuilles d'olivier
dansant sous le vent d'été
- Impressionisme

Du mimosa ou
des épices enflammées,
qui crie le plus fort ?

-

Camaïeu gris
du ciel tremble l'olivier
- Impressionisme

 

* Venise

 

Clameurs colorées,
loin la fête en demi-teintes -
chaton d'une ruelle

-

Sur le banc d'une place
à dormir avec les chats
nuit à Venise

-

 

* Des amours

Fol après-midi -
Méches de cheveux entre les lèvres.
Encore un baiser !

-

Regard au balcon
elle m'accorde un bonjour
sans même m'avoir vu

-

Ses reflets changeants -
voilà ce que j'aime en elle,
au soleil couchant

La neige au dehors
allongée nue sur le lit
Les vitres se voilent

-

Quel âge aurait-elle ?
Ses deux jambes n'ont pas vingt ans
comment les soustraire ?

-

 

-

 

* Mon jardin

Limace de passage
mon seul vieil ami ce soir
sous la vigne d'été

-

Répons de grenouilles
livre d'heures de mon enfance
berceuse de l'été

Ligne d'oiseaux là-haut
s'en vont au soir vers la mer
rejoindre leur couche

-

 

-

 

 

* Mille haines du ciel, et autres humeurs sombres

 

Cicatrices au bras -
vous me rappelez des choses
que j'ai oubliées

-

Autour du vieil arbre
dansent les roseaux bruissants -
soirée mordorée

-

Dans la brume gris-vert
le vent fait croire aux roseaux
qu'ils sont océans

-

Un corbeau s'ébroue
sur une branche de l'arbre mort -
Prémisse de l'automne

-

Sur ta couche glacée
une fleur s'en fut dénudée
par le vent d'automne

-

Vieilles soeurs se séparent,
pierres s'en retournent au sol -
ruines du couvent

-

-

-

Amour, prend ma main
doucement je m'enfonce
dans l'eau noire - profonde

-

Vent froid sur la lande -
Mélange d'or et de gris sombre
jusque dans mon âme

-

Vent d'automne - poète,
sur la berge s'en va noyer
mille Ophélia

-

Crâne aux os blanchis
a choisi de ne pas être,
ou n'a pas choisi

-

Statue de pierre
t'as-t-on donné les fins traits
de celle que tu veilles ?

-

Les vierges se fanent,
les bégonias sont mortes -
ruines du couvent

-

Yeux clôts à demi
trouble photo - mots délavés
vieilles douleurs d'amour

 

 

 

 

 

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